Le témoignage du corps médical

CHOISIS… ET DIS-LE

Quand un de nos proches est sur le point de mourir, brutalement ou non, nous sommes souvent plongés dans une grande détresse. Et c’est dans cette situation de profond bouleversement qu’il nous faut parfois prendre une décision importante à la fois pour celui qui va nous quitter et pour nous-même. Que cette décision nous engage quant au bien spirituel (demande de sacrement…) ou qu’elle nous engage quant au devenir du corps d’un être cher (dans l’éventualité d’un prélèvement d’organe en cas de mort encéphalique), c’est aussi toute la qualité de notre travail de deuil qui est alors mise en jeu. En effet il n’est pas rare que deux proches ne soient jamais arrivés à se parler de la mort tant le seul fait de l’envisager suscite de souffrance en chacun.

Faute d’avoir eu l’occasion de s’en entretenir paisiblement, celui qui reste est souvent seul pour poser un choix.
En tant qu’aumônier aux Hôpitaux Civils de Colmar, il m’a déjà été demandé plusieurs fois que soit célébré le sacrement des malades, geste de confiance en Dieu. Mais parfois la personne est alors déjà entre deux mondes et il ne lui est plus possible de s’exprimer. Il est évident que l’Eglise répond à toute demande mais faute de dialogue possible avec le malade le doute peut subsister : la personne concernée aurait-elle voulu librement de cette célébration?
En suivant récemment un stage « Du prélèvement à la greffe : que font les H.C.C ? », j’ai eu l’impression que l’ensemble des soignants de l’équipe de la Coordination Hospitalière des Prélèvements d’Organes et de Tissus se trouve face à un problème semblable avant de procéder à un prélèvement d’organes. De par la loi, il leur est demandé de rechercher la volonté du défunt puisque « ce prélèvement peut être pratiqué dès lors que la personne n’a pas fait connaître de son vivant, son refus d’un tel prélèvement » (loi 2004-08 de Bioéthique révisée en août 2004). En cas de décès, les proches sont donc confrontés à une situation difficile puisque l’équipe médicale viendra leur demander si leur parent avait manifesté son opposition au don d’organe ou de tissus de son vivant. Et souvent, faute d’en avoir parlé ensemble auparavant, car la mort reste un sujet relativement peu abordé quel que soit l’âge des sujets, ces familles touchées par le deuil brutal d’un être cher se trouvent dans la situation difficile de décider au nom de leur proche. Pour ou contre le don de nos organes, notre choix devrait être connu de nos proches pour les aider dans ces circonstances difficiles.

La mort reste un sujet relativement peu abordé quel que soit l’âge des sujets tant en ce qui concerne notre futur organique que spirituel. Ne serait-il pas plus simple, et plus constructif, tant pour la personne qui va nous quitter que pour ses proches qui demeurent, d’oser parler librement en temps et heure d’un sujet qui nous concernera tous un jour ?

Herrade KRAEMER

Emmanuel n° 376 – avril/mai 2006 – Bulletin de liaison des Aumôneries catholique et protestante des Hôpitaux Civils de Colmar
Abbaye d’Acey – Mercredi des Cendres – 1er mars 2006
Célébration d’entrée en Carême
Joël 2, 12-18 Corinthiens 5, 20 à 6, 2 Mathieu 6, 1-6.16-18 Homélie du P. Abbé Jean-Marc

…Dans nos vies, il est bon d’avoir des temps forts qui nous font émerger de la banalisation, du répétitif. Des temps de grâce qui sont des occasions de prises de conscience, de réorientations. Non pour y trouver une occasion d’autosatisfaction ou de gloriole au détriment des autres, mais pour éviter les fausses pistes et consentir à un renouveau, à une renaissance. Car à quoi bon chaque jour, si ce n’est pour naître selon l’Evangile, pour édifier en vue du Royaume, pour vivre à corps et à cœurs perdus, pour exister vraiment. Nous ne sommes pas venus au monde pour être condamnés à l’insipide, au monotone, pour demeurer prisonniers d’existence sans lumière ni bonheur.
Jean Sulivan a des phrases très fortes à ce sujet : « On nous a mis dans la tête que le but de la vie, c’est de réussir en occupant des fonctions, en gagnant beaucoup d’argent, en acquérant du prestige. Quelle puérilité ! Le but de la vie, c’est de rajeunir spirituellement. Chaque homme naît emmailloté dans les mots et les préjugés qu’on lui inculque. Devenir jeune en vieillissant, c’est se libérer de la peur, moins céder aux pesanteurs sociales. Finalement, le plus grand service que nous puissions rendre à la société, ce n’est pas de réussir, d’acquérir de la considération, mais de devenir libres et joyeux. Des techniciens tristes, des ambitieux, des malins, des joviaux qui masquent leur vide intérieur sous des grimaces, des hommes de la réussite qui ne s’aperçoivent même pas qu’ils sont spirituellement vides, il y en aura toujours. Mais des hommes dépris des ordinaires avidités, capables d’humour, la fantaisie dans l’esprit et le cœur, cela ne court pas les rues. Ce sont eux cependant qui aident le monde à ne pas sombrer dans la vulgarité. J’ai l’air de faire de la morale. Mais non ! Je parle d’hygiène et d’hygiène mentale surtout. L’Homme de ce temps a besoin de se désencombrer d’informations, de télés, de lotos pour retrouver une vie intérieure, sortir du sous-développement spirituel ! Pour cela, il importe de savoir qu’il ne suffit pas de croire ceci ou cela mais que la vie spirituelle commence dans le corps, avec les pas, les yeux, tous les gestes de la vie ! »
Voilà ce que notre Carême devrait nous aider à réaliser ! Car « c’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut ». C’est maintenant l’espace offert pour vivre et pour aimer, pour devenir libres et joyeux. Nouvel exode à la suite du Seigneur Jésus, où nous nous dépouillons du vieil homme avec ses convoitises, ses violences, ses incapacités à accueillir et à pardonner, ses peurs et ses troubles qui paralysent pour que naisse enfin l’homme nouveau créé à l’image du Christ, animé par son Esprit…

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N’oublie pas ! Passe la vie autour de toi…